Eloge des contraires  (Elgar N° 591 SEPTEMBRE/OCTOBRE 2018)

Les Basques sont, c'est bien connu, un peuple disposant d'un fort caractère. Et qui dans leur quotidien ont des manières d'être plus complexes qu'il n'y paraît. Plutôt réservés habituellement, ils libèrent toute leur énergie créatrice de mots dans leur tradition d'improvisation rimée, sublimée par les "bertsolaris".

Ces contradictions peuvent à l'occasion servir à former des mots.

Ainsi en euskara, la "discussion" se dit "eztabaida" (littéralement : ce n'est pas / c'est cela). Parallèlement, une relation humaine, une conversation se dit "harremana", mot dérivé du verbe "hartu", prendre et "eman", donner. Autre jolie construction fondée sur les contraires, l'adverbe "approximativement" se dit en basque "gutxi gorabehera" qui signifie littéralement "peu plus/moins".

Cette manière de construire les mots peut être utilisée dans bien des domaines, ainsi en basque la "marée" en général se dit "itsasgorabehera", littéralement "mer haute/basse". La précision intervient quand on parle de "marée basse" "itsasbehera" ou de "marée haute " "itsasgora". Logique !

 

Jean-Baptiste Heguy