"Ozpina", du vinaigre... ou le tonnerre". Elgar N° 632 Juillet/Août 2025

 Quelquefois, en basque comme dans bien d'autres langues, les origines étymologiques peuvent très fortement différer mais au fur et à mesure des transformations, déboucher sur un mot homonyme.

C'st le cas pour le mot "ozpin" qui en basque désigne le plus couramment le vinaigre. Et encore une fois, l'étymologie de ce mot est en euskara très imagée. ce mot vient du mot "hortz", la dent et de "min", un mot qui désigne le mal ou la douleur en général ou aussi dans un sens dérivé, quelque chose de "piquant", aigre ou amer". Donc, littéralement, le vinaigre c'est quelque chose "qui fait mal aux dents" ou "qui pique les dents"!

Le mot "ozpin" peut aussi désigner le tonnerre (comme bien d'autres mots en basque). dans ce cas, le mot "ozpin", vient de "ortz, ortzi", l'ancien nom propre du dieu du Ciel dans l'ancienne religion des Basques, et qui désigne à présent le ciel, en nom commun, et du mot "-bini", qui serait une forme ancienne de "mihi", la ligue. littéralement, le tonnerre/ozpin, c'est donc "la langue du ciel" ! 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "Gaizki esanka ari denak beretzako kalte" (Elgar N° 631 Mai/Juin 2025

"Gaizki esanka ari denak beretzako kalte"

(Celui qui parle mal se fait préjudice)

Même si les Basques sont plutôt réputés être des gens taiseux ou avares de mots inutiles, on trouve toujours dans chaque village des exceptions avec des gens qui sont "ahohandiak" (littéralement, des "grandes gueules" ou des vantards) et d'autres qui sont friands de commérages. Ces défauts sont très mal vus au PAYS BASQUE et il arrive effectivement assez souvent que les gens qui disent du mal des autres finissent par se porter eux-mêmes préjudice, ne serait-ce que par l'isolement qu'ils peuvent générer vis-à-vis des autres habitats du village. 

 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "Hamaika", un "onze" qui peut compter beaucoup plus". Elgar N° 634 Novembre/Décembre 2025

Dans la langue basque, on a un rapport aux nombres un peu particulier. Certains d’entre eux ont un sens nécessairement bien précis pour pouvoir correctement compter. Mais ils ont aussi un sens figuré qui peut paraître assez étrange. Ainsi, en euskara, on dit « hamaika » pour désigner le nombre onze. Étymologiquement, le mot est formé de « hamar », (dix), peut-être dérivé selon le linguiste Jean-Baptiste Orpustan du proto-basque « * (h) anbar »*, lui-même issu de l’ibère « abar » ou « bar », et de « eka, ika », signifiant « un ». Seulement en basque, « un », ça se dit normalement « bat ». Orpustan suppose donc que « eka, ika » était une ancienne manière de dire « un », peut-être emprunté directement au sanscrit « eka », qui a le même sens. « hamaika », c’est donc littéralement « dix et un ».

Sauf qu’en basque, « hamaika » signifie « maintes fois » et peut aussi correspondre au « cent » ou au « mille » du français, dans un sens de « grand nombre ». Ainsi, si on dit « hamaika aldiz esan dizut », cela signifie « je te l’ai dit cent fois », alors que c’est bien le nombre « onze » qui est utilisé. Parallèlement, si on dit « hamaika arrisku pairatu », cela signifie « courir mille dangers ». Personne ne sait pourquoi « onze » est venu à désigner « un grand nombre ». Mais après tout, au jeu du mus, on parle bien de « hamarreko », pour des jetons qui représentent cinq unités ; Donc, nous ne sommes plus à une étrangeté près… 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "Astoa, zaldiz jantzi arren, beti astoa" (Elgar N° 634 Novembre/Décembre 2025

"Astoa, zaldiz jantzi arren, beti astoa"

(Un âne, même déguisé en cheval, reste toujours un âne)

De par leur lien avec la belle nature qui les entoure, les Basques recourent souvent à des métaphores animalières pour faire passer des petits messages dans leurs « esaerak ». Et il est facile d’imaginer à quel genre de personne peut s’appliquer ce type de dicton humoristique ? On ne peut effectivement pas cacher sa vraie nature. Les gens malhonnêtes le resteront toujours, même s’ils cherchent à donner le change. Les personnes qui font l’étalage de leur richesse de manière ostensible en faisant croire qu’ils sont mains pour avoir « réussi, ne valent rien si leur comportement de tous les jours dénote de cette prétendue intelligence des affaires. 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "Oso", "être complet et en bonne santé". Elgar N° 635 Janvier/Février 2026

En basque unifié (euskara batua), l'adverbe "oso" signifie "beaucoup, très". Ainsi on pourra dire "oso ondo", pour dire "très bien" (alors qu'en Iparralde, on dira plutôt "biziki ontsa". La où cela devient intéressant, c'est que "oso" signifie aussi, "complet". Si on dit "egun osoan", cela signifie en français "toute la journée", mais littéralement, cela veut dire "durant la journée complète". Et sachez que la racine "oso" est aussi via la variante "osa", à l'origine de tous les mots qui ont un rapport avec la santé, qui se dit "osasuna" en euskara. En fait, en basque, quand on est en bonne santé, on est littéralement "complet". Cette dualité apparaît d'ailleurs dans l'adverbe "osorik", qui peut aussi être utilisé comme un adjectif, et qui signifie à la fois "entier, complet", mais aussi "indemne, sain et sauf". le médecin, à côté de "medici" et de "sendagile" (littérarités : le chemin de la santé), c'est donc le traitement ou le remède. Quelque chose qui est "osagaitz(a)", c'est à la fois quelque choses qui est difficile à compléter (de "gaitz", difficile) ou à guérir. De la même manière ce qui est "osasungaitz(a)", c'est quelque choses de "malsain" ou "insalubre", au contraire de quelque choses qui est "osasungarri" et qui est "sain" ou "salubre". "Osasungintza(k)", ce sont les services sanitaires. Enfin, pour les fans de football, sachez qu'un des clubs basques les plus connus le "Club Atletico Osasuna" ou "CA Osasuna" a été fondé en 1920 à Pampelune (Navarre) par benjamin Anodin Martinez. Un nom qui rappelle les liens naturels entre le sport et "la santé".  

A FINIR

 

Jean-Baptiste Heguy