"Kutuna" : la croyance au pied de la lettre (Elgar N° 586 NOVEMBRE/DECEMBRE 2017)

Autrefois, les Basques avaient l'habitude de porter sur eux des amulettes (en euskara : "kutuna" ou "kuttuna") pour se guérir des maladies ou pour éloigner les mauvais esprits.

José Miguel de Barandiaran raconte ainsi que la rivière qui passe à Lazkao (Gipuzkoa) formait une pièce d'eau dans un lieu baptisé "Lamiñasiñe" (en euskara : le puits de Laminas). Un homme passant par là est alors remarqué par deux sorcières. L'une dit l'autre : "Attrape-le, attrape-le!" et l'autre de répondre : "Attrape-le toi-même, sa mère lui a donné de la rue et du céleri!". Ces deux plantes étaient en effet fréquemment utilisées our confectionner des amulettes. 

Il existe toutes sortes d'amulettes :

  • Dans la Sierra de Guibijo (Alava) pour se prémunir des maux de tête, certains portaient contre le front des petits cailloux ramassés dans la grotte de la Trinité.
  • A Larrabetzu (Biscaye), on faisait porter aux enfants des amulettes avec des dents de chats sauvages pour provoquer la poussée des premières dents.
  • Le cas échéant, la "kutuna" pouvait être constituée d'un petit papier sur lequel étaient écrites les premières paroles de l'évangile selon Saint Jean et enfermé dans un sachet porté autour du cou, les replis d'une ceinture ou bien cousu au vêtement.

Le sens de "kutuna" avec un petit texte a fini par glisser pour désigner en euskara, "un texte" ou "un écrit". le mot est ensuite devenu "kutuna" et désigne maintenant en batua, la "lettre" qu'on envoie par la Poste!

 

Jean-Baptiste Heguy