"Sorgina", la sorcière (Elgar N° 583 MAI/JUIN 2017)
Depuis la dramatique croisade de Pierre de Lancres au Labourd en 1608, suivie par les investigations menées notamment à Zurragamurdi et à Urdax (Navarre) par Alonso de Salazar Frias (surnommé "l'Avocat des Sorcières"), qui avait conclu à des règlements de compte et des malveillances, la sorcellerie a longtemps été un sujet très important au Nord comme au Sud du Pays basque. Ceci nous mène à une des étymologies les plus probables pour le mot "sorgina", qui désigne en basque la sorcière.
Loin des chapeaux pointus et des balais volants, le mot "sorgin" viendrait ainsi de la racine "sor", qui désigne la naissance ou la création, et le verbe "egin", qui signifie "faire". Littéralement, la sorgina "faisait les naissances" et était donc avant tout une sage-femme.
Néanmoins le souvenir maléfique des "sorginak" a perdu dans beaucoup de mots basques er même des noms propres. Vu la taille des pierres utilisées, le dolmen de Sorginetxe, en Alava, ne peut être à la base qu'une maison de "sorcière". La toxicité de la belladone, contenant de l'atropine, l'a très tôt assimilé à la magie noire et elle est d'ailleurs nommée "sorgin-belarra" en basque (littéralement "l'herbe sorcière").
Une dernière étymologie est étonnante: celle du mot "sorginorratza", qui désigne en basque la libellule. Ce mot est dérivé de "sorgin" et "orratza", qui signifie "aiguille". la silhouette effilée du corps de la libellule est certainement à l'origine de cette étymologie optique et imagée.
Jean-Baptiste Heguy
