"Hil zendu beste egin. De curieuses façons de décrire la mort" (Elgar N° 638 Mai/Juin 2026

"Hil zendu beste egin"

(De curieuses façons de décrire la mort)

En basque, le principal verbe pour le mot français "mourir" . 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 

 "Ezjakina erraz menderatzen da. L'ignorant est aisément vaincu" (Elgar N° 638 Mai/Juin 2026

"Ezjakina erraz menderatzen da"

(L'ignorant est aisément vaincu)

Cet esaera ou "atsotitza""(litt : parole de vieille femme, de "hitza", le mot, la parole, et de "atsoa", la vieille femme) est issu du recueil "Euskal atsotitsak" du célèbre philosophe, philologue et linguiste Gotzeon Garat Goihartzun (1934-2008), qui est parvenu à réunir dans cet ouvrage un total de 14 458 proverbes ou dictons basques glanés dans toutes les contrées d'Euskal Herri. Dans sa simplicité, ce proverbe rappelle encore une fois que le savoir est un pouvoir. Connaître le monde, lire des livres, s'informer, s'éduquer permet d'être mieux armé intellectuellement face à l'adversité de la vie. Et de prendre éventuellement le meilleur face à des gens qui jouent les gros bas mais qui ne sont en fait que des coquilles vides. 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 

 "Nahi dukana hiretzat, besterentzat : ce que tu veux pour toi, désire le pour les autres" (Elgar N° 637 Mai/Juin 2026

"Nahi dukana hiretzat, besterentzat"

(Ce que tu veux pour toi, désire le pour les autres)

Au de la du fait que cet esaera utilise la forme "hika" (forme particulière de conjugaison basque pour la deuxième personne du singulier, qui est un tutoiement pour les personnes très proches). Il repose comme souvent sur la musicalité de la rime et sur une forme synthétique très ramassée. De manière positive, cet esaera reprend la fameuse "Règle d'or" : une éthique de réciprocité dont le principe fondamental est énoncé dans presque toutes les grandes religions et cultures. Dans la Bible, il y a deux formulations qui agissent en miroir. Dans l'Ancien Testament, il est ainsi possible de trouver la formule "Ne fais pas ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse" (Livre de Tobie, 4 : 15) et aussi la fameuse formule "Tu aimeras ton prochain comme toi même" dans le Lévitique (Lv. 19 : 18) reprise ensuite par Jésus de Nazareth lui-même dans la parabole du Bon Samaritain évoquée dans lEvangile selon Saint Luc (L 10:25-37). Il est possible de trouver des préceptes similaires dans le bouddhisme, le confucianisme, le jaïnisme, le taoïsme et le zoroastrisme.

Jean-Baptiste Heguy

 

 Note du webmaster sue le livre de Tobie : Shakespeare se serait inspiré de ce livre pour sa fameuse phrase : Tobie or not Tobie, that is the question !

 

Quand "août" se rapproche de "Hossegor". Elgar N° 636 Mars/Avril 2026

Il est des moments où l'étymologie des mots va se nicher dans des recoins presque invisibles.

En basque, comme c'est le cas pour bien d'autres noms de mois, le mot "août", peut se traduire de plusieurs manières. Celle qui est retenue en batua est "abuztua", une forme qui est directement issue d'une déformation du latin "augustus", nom que ce mois a pris en l'an 8 av. J.-C., en l'honneur de l'empereur romain Auguste. Avant lui, "août" était appelé dans l'ancien calendrier romain "sextilis" (de sextus, sixième) car à l'époque, l'année commençait en mars et que le mois "sextilis" était donc le sixième dans ce comptage.

Mais en Iparralde, on n'utilise pas le mot "abuztu", mais le mot "agorril", c'est-à-dire "le mois sec" (de "hil" le mois et "agor", sec ou tari).

Or, il se trouve que l'on retrouve le mot "agor", dans une toponymie possible du nom d'un lieu qui se trouve non pas a Pays Basque, mais dans les Landes. Ce lieu, c'est la ville de Hossegor, dont le nom officiel est en fait Soorts-Hossegor, mais que tout le monde désigne en ne gardant que le deuxième élément. Précisons tout de suite qu'il faut bien prononcer "Hosseugor", et non pas "Hos-gor", comme le font souvent les visiteurs de passage. Hors une des étymologies le plus souvent avancée pour "Hossegor", est que le mot viendrait de l'aquitain (ou du proto-basque) "-osse", souvent rattaché à un hydronyme (nom d'un cours d'eau) et de "gorri", rouge ou "agor", sec. Il faut donc imaginer qu'il y très longtemps, Hossegor était un lieu où il y avait des "eaux rouges" (ou terreuses) ou "sèches" (donc des zones marécageuses). Une nouvelle preuve qu'il y a très longtemps  de cela, les parlers et les langues utilisées dans tout le quart sud-ouest de la France avaient des origines "proto-basques" et que l'étendue de la zone "bascophone" ou assimilée était bien plus large que maintenant. 

 

Jean-Baptiste Heguy

 

 

 "Gezurra esan nuen etxean : ni baino lehenago kalean" (Elgar N° 635 Mars/Avril 2026

"Gezurra esan nuen etxean : ni baino lehenago kalean"

(J'ai dit un mensonge à la maison : il est sorti avant moi)

Ce joli esaera rappelle s'il en était besoin que les mauvaises paroles volent toujours plus vite que les bonnes. On dit des mensonges ou des mauvaises choses en pensant que cela ne sortira pas du cercle familial, mais c'est une illusion. Il y a toujours une personne qui va finir par se laisser à colporter la parole initiale. A partir de là, on ne peut plus rien contrôler. Donc mieux vaut s'abstenir de dire du mal gratuitement.

 

Jean-Baptiste Heguy